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Origines

 
Source : http://gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, réutilisation non commerciale libre et gratuite.

Origine, histoire partielle du Bouscat et des environs



 

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Plan de Bordeaux, bâti par les Romains en l'an 260.
Plan de Bordeaux, bâti par les Romains en l'an 260. Vue partielle vers le Bouscat, Bruges. Rien ou presque. Source : Gallica BNF

A voir également : Carte ancienne du Bouscat et environs.

Dans l'Histoire des grandes forêts de la Gaule et de l'ancienne France. (1850) on trouve une trace et une origine du nom de Bouscat. Voici un extrait :

... Le Médoc et le Bazadois étaient encore très boisés, lorsqu'au XIIe siècle de pieux solitaires vinrent s'établir a la Sauve-Majeure (Sylva Major), à Pleine-Selve (Plena Sylva) et sur plusieurs autres points. Alors de hautes futaies ombrageaient la Benauge, l’Entre-deux-Mers, les deux rives de la Dordogne et de la Garonne. Les noms de Bouscat (Boscus), de Bois-Majou (Boscus Major), de la Barthe (Bartha) et une foule d'autres noms rappellent encore l'existence des forêts dont il ne reste plus d'autre souvenir. ...



Le Viographe bordelais, ou Revue historique des monuments de Bordeaux (1844) apporte des informations intéressantes :

L'église de Saint-Seurin (Voir Chapitre de Saint-Seurin) a possédé, jusque dans ces derniers temps, un chapitre collégial. Ce fut d'abord un monastère. En 814, Louis-le-Débonnaire donna la terre de Méchetz en Saintonge au couvent de Saint-Seurin de Bordeaux, ad sustentationem fratrum in monasterio degentium, porte le titre de cette donation. Il fut sécularisé en 1188. Ce chapitre se composait de quatre dignitaires, de seize chanoines, de quatre demi-chanoines et de quatre prébendiers. Il jouissait des droits seigneuriaux sur le territoire de la paroisse Saint-Seurin et sur les communes du Bouscat et de Caudéran.



A la lecture d'un livre de plus de 500 pages, passionnant (Cartulaire de l’église collégiale Saint-Seurin de Bordeaux de 1897), et numérisé à Boston (Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from Boston Public Library), on apprend beaucoup de choses. En voici quelques extraits :

Vers 1010, le comte Sanche aurait donné à Saint-Seurin des champs près du faubourg, une lande vers Eysines, deux lieux-dits, Silva Grossa et Bernedaria, des fontaines, notamment la font d'Audége, enfin des marais du côté de Pontlong. Cette donation n'est connue que par une notice dont la véracité, peut être mise en doute.

Le 14 février 1181, Arnaud d'Illac vendit à Saint-Seurin son bois appelé le Bouscat. Un coup de ciseau a enlevé avec la partie inférieure d'un feuillet du cartulaire presque tout le dispositif de l'acte. Il n'en est pas moins acquis que, cent soixante-dix ans après la cession consentie par Sanche, le chapitre ne possédait pas encore cette partie de la paroisse.
En 1207 et 1227, un arbitrage intervint entre l'archevêque et les chanoines. Il attribue, dans les limites de la sauveté (1) sans doute : au chapitre la basse justice, au chapitre et à l'archevêque la haute justice, c'est-à-dire les causes criminelles dites comtales ; le revenu sur les tavernes restait à la mense capitulaire.

Pendant la période correspondante au cartulaire, c’est-à-dire jusqu'à la fin du XIIIe siècle, les actes de donation, de conversion des alleux, en fiefs, etc., démontrent qu'une très grande partie de la paroisse échappait à la seigneurie foncière du chapitre : le domaine direct de celui-ci embrassait une faible portion du territoire, lequel comprenait, en outre du faubourg, trois quartiers ruraux, savoir : Le Bouscat, Caudéran et Villeneuve, aujourd'hui La Vache.

Le chapitre de Saint-Seurin considérait les landes comme sa propriété, et les baux à paduentatge lui réservaient la faculté de défricher les terres vagues qui faisaient partie des mêmes baux.
- 12 septembre 1356. Le chapitre se plaint que les gens de Caudéran, Le Bouscat et La Vache aient usurpé « terras, landas e paduentz, losquaus son nostres propris » (fonds des Dominicains).
- 11 août 1598. Arrêt visant une enquête de 1494, d'après laquelle le chapitre pouvait, de temps immémorial, inféoder les vacants
- 1771. Le chapitre déclare tenir la lande de Coyret « en propriété et directité »

En 1347, la basse justice fut reconnue dans le reste de la paroisse sur ses hommes et ses tenanciers. En 1349, enfin, on proclama questaux du chapitre les habitants de Caudéran, Le Bouscat et Villeneuve, et on fixa les charges qui leur incombaient.

Vainement Édouard III, en 1354, tenta de réagir et de s'interposer entre le chapitre et les gens de Caudéran, Le Bouscat et La Vache, parce que nul ne doit être juge en sa propre cause. Moins de deux ans après, le doyen et les chanoines revendiquaient la juridiction civile sur les trois villages. En 1598, 1654, 1678, etc., des arrêts reconnurent sa compétence en matière civile et criminelle dans les affaires dont l'objet était inférieur à 65 sous.

Plus tard, quand l'extension des cultures menaça d'entraîner la suppression des terres vagues nécessaires aux troupeaux, les habitants s'avisèrent qu'ils avaient des droits acquis à faire respecter. Au XVIIe siècle, un individu ayant clos une lande, ce fut le syndic des habitants qui le poursuivit au civil, Une jurisprudence nouvelle se constituait En 1592 encore, le chapitre ayant décidé d'inféoder la lande Noire ou de Coyret, les habitants du Bouscat se bornèrent à lui demander la préférence, et l'arrêt du Parlement de Toulouse du 80 juillet 1678 spécifie que les vacants appartiennent au chapitre. On ne contestait pas (ou plus) la propriété du chapitre.

La paroisse de Saint-Seurin n'était pas érigée en commune ; les paroissiens, du moins les chefs de famille de Caudéran, Le Bouscat et La Vache n'en étaient pas moins organisés pour défendre leurs intérêts et représentés par un comte ou syndic.

Le chapitre de Saint-Seurin établit sa seigneurie, seigneurie de justice, seigneurie foncière, sans l'ombre d'un titre, par la seule force de sa ténacité, à l'aide d’arrêts mal fondés et à la faveur d'une fiction de procédure.

Dans un texte de 1422 figure une vigne dans la mouvance de la confrérie de Caudéran. Enfin, en 1529, on renouvela les statuts de la confrérie de Saint-Georges, « qui est confrérie des chefs de maison des quartiers de Caudéran, Le Bouscat et La Vache. »

Cartulaire : Recueil de copies des actes attestant les titres et privilèges d'une personne ou d'une communauté (définition Larousse).



Decius Magnus Ausone (IVe siècle). Source : Gallica BNF.



L'origine du quartier Ausone est peut-être ici, dans le Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle (1911) dont voici quelques extraits :

...Cette seconde famille De La Chassaigne appartient à l'ancienne noblesse de robe bordelaise...

... Joseph-Isaac de la Chassaigne, marié en 1538 à Marguerite Douhet, reçu en 1543 conseiller au Parlement de Bordeaux, lui succéda en 1568 dans sa charge de président au même Parlement. Protecteur éclairé des sciences, il se fit construire dans la paroisse du Bouscat, aux portes de Bordeaux, une habitation qu'il appela la villa Ausone et où il réunit une importante collection d'antiques et de pierres gravées. Il laissa deux fils dont le second, François, conseiller au Parlement de Bordeaux, décédé en 1611, continua la descendance. Il eut aussi deux filles dont l'une, Françoise, épousa en 1566 le célèbre écrivain Michel Montaigne.


Notes


... Joseph de La Chassaigne, grand amateur d'antiquités et érudit fort ingénieux, qui créa, de toutes pièces, au Bouscat, une villa d'Ausone ...

... Joseph de la Chassaigne (le Josephus Chassaninus de Gruter, le beau-père de Michel de Montaigne, l'ami de Pierre de Brach, avait réuni dans son domaine du Bouscat un certain nombre d'antiquités, extraites, selon toute vraisemblance, des murs de Bordeaux: deux statues de marbre blanc et une ou deux épitaphes, ainsi qu'un « tuïau » en terre cuite, provenant de l'aqueduc. Il y ajouta un cadran solaire portant la date du « consulat municipal » de son compatriote Ausone, inscription qui n'était que le produit de son érudite imagination. Le bruit se répandit que ce cadran avait été trouvé à cet endroit même, et Scaliger s'en fit l'écho. Puis, sans doute avec la connivence de de la Chassaigne, on n'appela plus sa propriété que « le bien d'Ausone ».

Les bons érudits de la Renaissance ont su ainsi créer des légendes. Joseph de la Chassaigne était, dit de Lurbe, « personnage d'un exquis et rare savoir et fort curieux des choses antiques » ; Vinet l'appelle un « homme fort studieus, et grand admirateur d'antiquité ». Il mourut, étant président du Parlement, le 28 juillet 1572. Des objets conservés dans sa propriété du Bouscat, la plupart passèrent dans la collection de Florimond de Raymond ; il y resta toutefois le cadran solaire, un fragment de colonne antique, et une épitaphe que Jouannet retrouva là-bas eu 1829.

... La célèbre villa d'Ausone était située non loin de Condat (vers Libourne).

Extraits de Inscriptions Romaines de Bordeaux. Camille Jullian. 1890

« Le Journal des Savants » de juin 1903 en parle :

Il y a, prés de Bordeaux, dans un village de la banlieue (à La Vache dans le Bouscat)., un « chemin Ausone », et il est difficile de persuader aux gens du pays qu'Ausone n'y a pas vécu. Le nom vient d'un collectionneur du XVIe siècle, qui y habitait et donnait son domaine comme « le bien d'Ausone ».



Un livre sur Michel de Montaigne : son origine, sa famille / Théophile Malvezin (1875) nous éclaire sur quelques points :

Il existait à Bruges en 1347, un Raymond Ayquem (Ramondo Ayquelini), qui fut témoin à la transaction passée entre la ville de Bordeaux et le chapitre Saint-Seurin, pour régler la juridiction du chapitre au Bouscat, à Caudéran et à Villenave-de-Bruges. En 1376, un Ramon Ayquem, peut-être le même, était témoin, avec le noble Guiraud de Roqueys, dans un acte relatif à l'abbaye de Sainte-Croix. Ce même nom de Ramon Ayquem sera porté, un demi-siècle plus tard, par le bisaïeul de Michel Eyquem de Montaigne.
...
1347, 23 Août.
(Livre des Boitillons, p. 356.)
Transaction entre la ville de Bordeaux et le chapitre Saint-Seurin, réglant la juridiction du chapitre au Bouscat, à Caudéran et à Villenave de Bruges (aujourd'hui La Vache).
La ville s'engage à ne pas soutenir de serfs questaux de ces lieux dans leurs procès contre le chapitre.
Témoins Ramundo Ayquelini et autres paroissiens de Bruges.



Un livre 1878 reprend des textes de 1635, Chronique bordeloise par Jean de Gaufreteau (1878) (extraits) :

Le peuple de Bourdeaux, qui facilement ne put pas souffrir qu'on mette de nouvelles impositions, ayant advis qu'on vouloit establir la gabelle de sel dans la ville, et que, pour cet effect, on en avoit faict le parti au Roy, que le partisan appellé Monturon estoit dans la ville, auquel plusieurs qui vouloyent estre du parti fornissoyent de l'argent, s'eslevent et tumultuent, à la suscitation des cabaretiers, ayant pour chef le cabaretier de l'enseigne du Petit-More, et tue plusieurs gens de condition qui estoyent soupçonnés, et lesquels estoyent appellés gabelleurs, entre autres un hoqueton du Roy, qui estoit venu en ville pour faire les affiches dudit parti car l'arrest de la Cour des Aydes, à Libourne, sur ce donné, estoit desjà affiché par les carrefours. Ils surprennent la maison de ville, en chassent les jurats (2) ignominieusement, qui trembloyent de peur, rompent les prisons d'ycelle, et un portefaict s'estant assis avec plusieurs aultres pinsons et gueux de la riviere sur le siege de l'expedition de Justice, se font amener devant eux ceux qui estoyent prisonniers des prisons de ladite maison de ville, et, après les avoir examinés, ledit portefaict presidoit, les relachoyt, à la charge de se representer dans cent ans et un jour.

Jean Des Aigues, frere de l'abbé de Saincte-Croix, capitaine qui avoit heu commandement dans l'armée du siege de Montauban, major du regiment de Saincte-Foy, d'une honneste famille de Bourdeaux, et estoit dans le reng de la Jurade, pour avoir faict plusieurs services au public, ayant donné un soufflet à un cabaretier qui crioit et se plaignoit de la gabelle, et mesme estoit allé dans la maison de ville, promettant de reprimer la sedition, s'estant caché dans ycelle, dans la maison d'un jardinier, lorsqu'elle fut surprinse, et cherché par là comme pour estre mis à mort, comme il se sauvoit par la fause porte du jardin, et fut desja devant les Carmes, estant recogneu aux bas de soye et chemise de toile de Hollande, qu'il n'avoit pas voulu quitter, fut miserablement meurtri, au pontet tout joignant l'eglise des filles Saincte-Ursule.

Est à noter que la Commune, ès premiers jours de la sedition, fut si abstinente, qu'elle ne mesfit qu'aux soubconnés et escrit en leur liste, et ne print jamais un denier en quelque maison que ce fut. Au contraire, ayant trouvé jusques à la somme de 400 livres en une certaine maison, fut rendu, ni auscun cuiller d'argent, ni meuble de consideration ; à cause de quoy, on disoit que c'estoyent les bourgeois qui avoyent fait s'habiller leurs serviteurs en gueux, et faisoyent faire l'exécution.

Ceux des parroisses voysines de Caudeiran, Begle, Bousquat, Taillan, Eisines et aultres, desireux du pillage, s'eslevent, à l'exemple de ceux de Bourdeaux, avec la croyance que le populaire les admettroit tout aussitost, trouvent les portes de la ville fermées, et guet et patrouilles posés. Les jurats ayant repris coeur, et les principaux bourgeois avec eux, a l'exemple de messieurs du Parlement, qui prindrent eux-mesmes les armes et se trouvèrent les premiers pour la deffense de la ville.

Monsieur d'Espernon vient de Cadillac a Bourdeaux, pour mettre ordre à la sedition, et la premiere chose qu'il faict, reprimender aygrement, dans la maison de ville, les jurats, notamment celuy de robe longue, qui avoit tenu tousjours le parti de l'archeveque contre luy, en l'affaire de l'escommunication. Il leur reproche qu'ils avoyent mal servi le Roy et le public; qu'ils cstoyent dignes qu'on leur fit le procès, et après les avoir aygrement reprins et censuré, leur oste leurs livrées. Les jurats deputent, en Cour, celuy qui estoit en ce faict le plus intéressé, appellé Constant, advocat fameux au Parlement.

La Commune met le feu en plusieurs maisons de la ville, appartenantes à ceux qui estoyent soupçonnés d'estre gabelleurs, et les desmolit et met par terre en rues du Ha, de Lalande, des Menuts, du Chaspeau Rouge et des Lauriers; en celle de Constant, jurat (2) député, et estant alors à Paris. En laquelle action, on soupçonnoit que celuy qui sembloit mettre de l'eau y aportoit de l'huile. ...



Un document (Réf: Le Musée d'Aquitaine. 1824) donne une excellente description :

Le Bouscat, situé à 2 kil., et au N. de Bordeaux, entre la paroisse St. Seurin et la commune de Bruges, dont la sépare le petit ruisseau du Limancet, n'était, à la fin du douzième siècle, qu'une forêt appartenant à un Arnaud d'Illac, seigneur du lieu. Il en fit don aux chanoines et chapitre de St. Seurin. Le nom de cette commune rappelle encore aujourd'hui son ancien état; mais à l'exception de quelques bouquets de taillis, entre le Limancet et la grande route du Médoc, elle n'offre que des vignobles, des prés, des marais, quelques cultures et de jolies maisons de campagne. Le sol, doucement incliné vers la Garonne, est graveleux dans la partie la plus élevée, gras et fertile dans la partie conquise sur les marais. La commune a 652 hectares de superficie, ainsi répartis : 205 hectares en vignes bien cultivées, amendées avec soin et à grands frais, le fond étant de lui-même très peu productif ; 179 hectares en terres labourables, qui produisent du blé, du maïs, de l'avoine, peu de seigle et beaucoup de légumes qui se consomment à Bordeaux ; 106 hectares en prairies de bonne qualité ; 60 hectares en bois taillis, en pins, et en bois d'agrément autour de quelques maisons de campagne : le reste embrasse la lande de Pezen el des fonds non imposables. On y compte 375 maisons et 1529 habitans. La proximité de Bordeaux, fait la richesse de l'endroit : c'est là que s'exportent en grande partie les produits du sol, et le lait de 150 vaches que nourrissent les pâturages de la commune.

Une brûlerie, une fabrique de cendres gravelées qui occupent six ouvriers, sont les seules usines que nous connaissions au Bouscat ; on y avait établi une fabrique de taffetas vernissé, mais elle est tombée.

L'air est en général très-sain au Bouscat, excepté dans le voisinage des marais et surtout au lieu de la Vache. Dans ces marais desséchés par des Flamands à la fin du seizième siècle, on a trouvé des chênes ensevelis à une assez grande profondeur.

La voie romaine qui conduisait de Bordeaux à Noviomague sur l'Océan, passait au Bouscat : il n'en reste aucun vestige ; mais on en retrouve quelques traces au-delà de Bruges dans les communes du Pian et de Parempuire.

On peut lire par ailleurs (extraits) :

... Ce même sol, qui maintenant forme autour de Bordeaux une ceinture riante et pittoresque, fut pendant longtems pour cette ville une cause malheureusement trop active de deuil et de désolation. Des marais de Bègles, de Caudéran, du Bouscat et de Bruges s'élevaient ces miasmes pestilentiels qui, presque tous les ans, à des retours périodiques, moissonnaient une partie de la population. On n'a point encore oublié l'épidémie de 1411, époque où la contagion enleva 14 000 individus. Les années 1473, 1495, 1515, 1546, 1556, 1679, 1599, 1606, furent presque aussi désastreuses. C'est aux travaux exécutés à Bruges par les ordres de Henri IV, que Bordeaux doit de n'être plus victime de pareils fléaux : non que ces travaux eussent pu suffire à tarir la source du mal ; mais ils donnèrent un salutaire exemple, et enseignèrent enfin aux Bordelais le moyen d'assainir l'air qu'ils respiraient. ...



Les marécages sont un problème. On en parle dans l'Histoire du dessèchement des lacs et marais en France avant 1789, par M. le Cte de Dienne (1891) :

Marais de Bordeaux, de Bruges et de Blanquefort.

Les marais qui entouraient Bordeaux devaient attirer tout d'abord l'attention du gouvernement, moins encore à cause de leur étendue que par leur proximité d'une des principales villes du royaume.

Les maladies épidémiques qu'ils occasionnaient décimaient en effet, périodiquement, les habitants qui ne voyaient pas moins de trente-deux cimetières établis aux environs de leurs demeures.

Extrait d'une carte de 1634. Source : Gallica BNF

En 1501, la peste avait enlevé 17 000 personnes sur une population de 40,000 âmes, et cependant toutes les familles riches avaient déserté la ville. A certaines époques, le Parlement lui-même était obligé de la quitter pour aller tenir ses séances dans les cités voisines, à Libourne et même à Agen.

Les marécages qui s'étendaient sous ses murs sont indiqués exactement dans un vieux plan remontant à l'année 1452. La ville avait des droits sur une grande partie d'entre eux ; aussi se préoccupa-t-elle, dès le règne de Henri III, de les assécher.

« En l'année 1587, estant lieutenant du roy et maire de Bourdeaux Monsieur le mareschal de Matignon … fut prise la résolution d'épuiser les palus de Bourdeaux et de les mettre en culture, se trouvant des ingénieux (sic) qui rendoient l'affaire «fort facile et aisée »

Trois ans plus tard, l'apparition d'une nouvelle peste, qui devait durer près d'un quart de siècle, venait démontrer l'urgence des travaux projetés [La peste estoit à Bordeaux depuis l'année 1590 et aura jusqu'à l'année 1610. Son commencement fut terrible et elle persévéra avec beaucoup de chaleur jusqu'à l'année 1600]. Quelques oppositions se produisirent, mais le Parlement les réduisit à néant par son arrêt du 25 mai 1592 ; les sieurs de Candale et de Puypaulin furent seuls maintenus : les directes du sieur Jacques Macanan, des religieuses de l'Annonciade, des syndics de l'hôpital de Saint-André et du chapitre de Saint-Seurin, furent déclarées en dehors du circuit que devait avoir le dessèchement. Enfin, les jurats furent reconnus seuls seigneurs des marais et par conséquent seuls en droit de les donner à nouveau fief.

Humfroy Bradley fut chargé par Henri IV de visiter ces terres, et après le rapport qu'il présenta au roi, à son retour de Guienne, il obtint, au mois de janvier 1599, c'est-à-dire quelque temps avant le premier édit relatif à cette matière, le privilège de les dessécher. Elles portaient alors le nom de palus de Bordeaux, et les lettres royales constatent la désertion de la ville lorsque l'épidémie venait à y étendre ses ravages.

....(texte long, passionnant,)



Beaucoup de choses intéressantes dans À propos des intérêts de Bordeaux : simple esquisse d'économie politique (1857) dont voici quelques extraits :

Sur les deux rives de la Garonne et de la Gironde s'étendent plus de cinquante mille hectares de marais insalubres autant qu'improductifs, et aux portes même de notre ville commence cet immense désert de cinq cent mille hectares qu'on appelle les landes ; la capitale de la Guienne peut-elle ne pas intervenir quand il s'agit d'améliorer cette vaste étendue de terrain dont l'assainissement et la mise en valeur centupleraient nos ressources industrielles et commerciales ? Nous sommes véritablement peinés d'avoir à dire que notre municipalité n'a provoqué aucune amélioration par ses subsides et ses encouragements, qu'elle n'a même pas exécuté les travaux d'assainissement qui lui incombaient naturellement. Nous n'en voulons pour exemple que les cloaques infects qui entourent le quartier des Chartrons.

Il y a des siècles que ces marais sont un foyer pestilentiel pour de nombreuses populations, des siècles que les hommes les plus éclairés ont protesté contre l'incurie des propriétaires et les dangers d'un pareil voisinage. En consultant les vieilles chroniques, on lit que les habitants abandonnaient en masse leurs foyers, et que le Parlement était obligé de se réfugier dans les villes environnantes pour y rendre la justice. On connaît les vœux répétés des Bordelais ; personne n'ignore que le maréchal d'Ornano et les jurats promirent à Dieu un modèle des Armes de la ville en argent pur, s'il faisait cesser dans un an la peste qui sévissait depuis sept ans. Le cardinal de Sourdis, un grand homme que Bordeaux n'a pas encore honoré d'une statue, eut le bon esprit de dessécher une partie des marais qui entouraient la ville, et il éteignit ainsi le feu de la peste. Mais la plupart des grandes artères de dessèchement et de limonage créées par le savant prélat et continuées par les Hollandais, ont été complètement abandonnées ; des propriétaires avides et inintelligents ont pu les combler ou les détourner de leur direction sans que les administrations municipales qui se sont succédé aient réprimé un pareil brigandage.

Au mois d'avril 1808, Napoléon Ier, passant à Bordeaux, se fit rendre compte de toutes les améliorations réclamées par les habitants ; le mauvais état des marais n'échappa pas à son regard d'aigle, et quelques jours après son départ, un décret daté de Bayonne ordonnait de grands travaux destinés à faire disparaître tous les foyers pestilentiels qui s'étaient reformés de plus belle.

... » Avons décrété et décrétons. Le dessèchement des marais de Bordeaux et de Bruges sera terminé avant le 1er juillet 1809. A cet effet, les digues de la Jatte et de la Garonne seront renforcées. L'ancien canal connu sous le nom d'Estey des Moines sera rouvert et curé pour l'écoulement des eaux qui affluent de la ville et du Bouscat;

» Dans le cas où ces travaux ne produiraient pas un dessèchement complet, le canal connu sous le nom d'Estey de Lauzun sera ouvert et dirigé de manière à ce qu'il conserve les eaux extérieures jusqu'à leur issue à la Garonne Une écluse sera construite, avec les contre-fossés et accessoires nécessaires ; La ville de Bordeaux contribuera à ces travaux pour la portion qui la concerne, et en concurrence avec la communauté et les syndics des propriétaires. »

... Les municipalités qui se sont succédé à Bordeaux depuis cinquante ans n'ont tenu aucun compte de la volonté de Napoléon Ier, et nous sommes encore à attendre, en ce moment, les améliorations qu'il avait ordonnées.

... Nous avons pu constater à cette époque trois faits également déplorables, à savoir : la destruction à peu près complète de tous les anciens travaux, l'impuissance de l'administration des ponts et chaussées et l'absence de travaux d'ensemble.

Aux portes mêmes de Bordeaux, les canaux de dessèchement exécutés, en 1611, par le cardinal de Sourdis, dans les marais de Rivière et des Chartrons, ont presque entièrement disparu. Les esteys des Moines et de Maney ont été fermés par des propriétaires égoïstes, qui ont préféré les détruire pour se dispenser de les entretenir convenablement.

Napoléon 1er avait affecté des sommes spéciales au dégorgement et au prolongement des deux esteys si importants de Lauzun et de Crebat ; mais son décret du 25 avril 1808 n'a pas été mieux compris que celui du 2 juillet 1812. Les quelques travaux exécutés par d'habiles ingénieurs ont tous été compromis par le défaut de surveillance et par les tiraillements des commissions spéciales. Ici, on a fait des coupures ; là, on a renversé des digues ; d'un côté, on a construit des maisons, établi des batardeaux ; de l'autre, on a planté des arbres et barré les fossés. Enhardis par l'impunité, bon nombre de propriétaires se sont adjugés des prises d'eau, de droite et de gauche, sans s'inquiéter des dommages qu'ils pouvaient causer aux autres riverains. Canaux d'introduction, canaux d'évacuation, tout a été confondu, dévasté, sans que personne osât protester au nom de l'intérêt public. Aussi, qu'est-il advenu de ce défaut d'entretien des esteys, de ces entreprises illégales, de ce désordre général ? Une bonne partie du quartier des Chartrons, la rue Bourbon, le chemin de la Barde, etc., etc., sont entourés aujourd'hui d'une triple ceinture d'eaux croupissantes dont nous avons dû signaler souvent la dangereuse infection.

Plus loin, le mal est aussi grand, et, pour combler la mesure, on est venu jeter dans les marais des millions de sangsues et des milliers de chevaux, sans se préoccuper, ni de la conduite des eaux, ni du colmatage, ni de la salubrité publique. Seuls, quelques éleveurs intelligents se sont conformés aux règlements et ont eu le bon esprit de faire de l'éducation des sangsues une préparation au colmatage et au développement de la culture maraîchère ; mais ce n'est là qu'une très rare exception.

La plupart des éleveurs de sangsues n'ont pas voulu suivre les conseils qui leur ont été donnés si souvent, et dans un temps qui n'est pas loin, ils seront forcés d’abandonner une industrie qui pouvait faire leur fortune.

et plus loin :

Voici le résultat de nos recherches. Nous avons rencontré :
1° La jalle de la rue Poyenne, qui vient du Bouscat et a son embouchure au quai des Chartrons ;
2° Le ruisseau de Caudéran, qui entre en ville à la Croix-Blanche, traverse le quartier Saint-Seurin et se réunit dans la rue Rouleau au ruisseau de Mérignac ;
...
... il nous a semblé que la pente naturelle des différents quartiers traversés par ces cloaques suffirait pour les utiliser au profit de la salubrité publique. Ainsi, entre les deux premiers ruisseaux, on trouve un large coteau qui a pour centre la place Dauphine et s'étend, à l'est, jusqu'au Grand-Théâtre, au nord, jusqu'au Bouscat, vers les sources de Rivière et de Blanc, à l'endroit où elles versent leurs eaux dans la jalle de la rue Poyenne....



Extrait d'une carte "Environs de Bordeaux" de 1887. Source : Gallica BNF



(1) Sauvetat : Une sauveté (en occitan, sauvetat ou salvetat) était, dans le Sud de la France au Moyen Âge, une zone de refuge autour d'une église balisée par plusieurs bornes. À l'intérieur de ce périmètre, il était interdit de poursuivre les fugitifs.
Les sauvetés, localement appelées « Sauveterre » ou « Salvetat » en occitan, étaient des zones d'extraterritorialité, protégées par l'Église catholique et dans laquelle la loi de l'homme ne s'appliquait plus. Le terme de frangitas est employé dès les années 1009-1032, celui de salvitas (sauvetat) apparaît en 1270. Source Wikipedia

(2) Jurat : Jurat est à l'origine un mot occitan issu du latin juratus, "qui a prêté serment".
Un jurat est, dans certaines villes en particulier du sud-ouest de la France (Bordeaux et La Rochelle), en Espagne ou dans les îles Anglo-Normandes, un magistrat municipal ayant prêté serment. Source Wikipedia




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