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Le Castel d'Andorte au Bouscat

 
Source : http://gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, réutilisation non commerciale libre et gratuite.

Le Castel d'Andorte se situe dans l'actuel parc de la Chéneraie.



 

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Histoire du Castel D'Andorte, Au Bouscat.

Le livre : « Les Châteaux de la Gironde, d'Édouard Guillon », (Source : Gallica BNF) donne des informations précises sur les origines du Castel d'Andorte.
Voir à la suite de larges extraits. (sources : archives personnelles Jean-Claude Bertreau et archives de la Gironde).

Le Castel d’Andorte a souvent changé de propriétaires et plusieurs noms lui ont été donné : Hoc-Lou, En dorte, Endorte, Castel Endorte, Castel d’Endorte, Castel de Goth, Dame du Désert dans le Bouscat, Château du Désert, Bel-Air…



Ce château, appelé aujourd’hui Castel d’Andorte, … se nomma d’abord Hoc-Lou (haut lieu), à cause de sa situation élevée, … puis, En dorte, à cause de l’isolement du lieu. Il appartenait, au Xe siècle, aux seigneurs d’Illac, avec ses tènements et dépendances, composés de marais, de bois et de landes, qui furent inféodés, au XIIe siècles. … En l’an 1180, Arnaud d’Illac, seigneur du Castel Endorte, donna la forêt du Bouscat « ou partie d’icelle » au Chapitre de Saint-Seurin.

Au XIIIe siècle, Eyquem d’Illac devint … possesseur d’Endorte, dont hérita la marquise d’Illac, Sa fille, qui, en 1270, épousa Sennebrun de Goût ou de Goth, et lui porta en dot cette seigneurie, qui s’appela alors Castel d’Endorte et Castel de Goth. … Sennebrun le déclara dans un titre de 1273, dans lequel il est dit que que le lieu appelé Hoc-Lou était dans la paroisse de St-Martin-de-Goth. Dans les siècles suivants, … en 1357, le roi d’Angleterre les exempta de la questialité, ainsi qu’aux habitants de Saint-Seurin, Bruges et Aysines.

Sennebrun de Goth eut de la marquise d’Illac, son épouse Bertrand de Goth, qui lui succéda ; ce dernier, oncle de Clément V, étant devenu évêque d’Agen, donna le castel avec ses dépendances, et les bois et landes qu’il avait inféodés, à Raymond de Goth, son neveu.

Ce Raymond en était seigneur au commencement du XVe siècle, … Raymond choisit mal son moment pour faire rébellion au roi d’Angleterre, qui fit saisir son castel en 1413, et le donna, avec toutes ses dépendances, à Jean Ayral, gendarme …

… Henry V reprenant le castel, le donna à Bernard du Puy, également gendarme …

Bernard du Puy garda le castel jusqu’à l’expulsion des Anglais, puis Charles VII le remit à la famille de Goth ; et l’an 1459, Jean de Goth, … il ne laissa pour héritière qu’une fille nommée Jeanne de Goth, qui épousa le baron de Samadat ; il était encore seigneur de Castel Endorte en 1521 et mourut, ainsi que sa femme … Leurs biens passèrent, par aliénation, au sieur de Vallier ; il donna le Castel à Marthe de Vallier, sa fille, qui, en 1545, est appelée, dans la « Coutume de Bordeaux, Dame du Désert dans le Bouscat. » C’était le nom français que portait Endorte ; elle épousa Arnaud de Ferron, conseiller au Parlement, auteur d’un Commentaire des Coutumes.

Après leur mort, le Château du Désert, que l’on appelait aussi Bel-Air, fut aliéné entre les mains de la demoiselle Jeanne Larquier, qui le possédait en 1585, et le revendit, vers 1590 à « un simple procureur » avancé en âge, qui se nommait Pierre du Châlard. A peine ce nouveau propriétaire fut-il installé, que le Chapitre de Saint-Seurin, exhumant on ne sait quelle charte, prétendit exercer le droit de suzerain sur le castel d’Andorte, et fit sommer Pierre du Châlard d’aller rendre hommage à l’abbé. En vain le vieux procureur expliqua-t-il que son castel avait toujours été un alleu, qu’au lieu de devoir hommage aux moines il serait plutôt en droit de l’exiger d’eux, comme représentant Arnaud d’Illac, leur bienfaiteur ; le Chapitre ne voulut rien entendre, et il s’ensuivit un procès qui, commencé avec Pierre du Châlard, se continua après sa mort, arrivée en 1611, avec Jean Châlard, son fils, courut les Parlements de Bordeaux et de Toulouse, et durait encore en 1629, quarante ans après.

A cette époque, Jean du Châlard ne pouvant plus supporter les frais de cette gigantesque procédure, qui lui avait coûté cinquante-mille livres, … convertit ainsi son château en un fief. Il perdit sa femme sur ces entrefaites … laissa sa fortune et sa seigneurie à sa fille Catherine, entra dans la prêtrise et alla mourir curé de Carcans, en Médoc, pendant que le roi faisait saisir féodalement le château pour défaut d’hommage à sa personne.

Le Castel d’Andorte fut ensuite échangé pour une autre terre à noble Pierre Duval, écuyer, qui aussitôt sa prise de possession eut un procès avec le Trésor pour les droits de vente, et des démêlés avec le Chapitre pour l’hommage ; il perdit les deux procès, le second dura jusqu’en 1764, époque où le Bureau le Chapitre bien fondé, Pierre Duval rendit donc aussi l’hommage et mourut quelques temps après.

Le château appartint ensuite à messire Étienne, Duval de Lancre, qui passa la majeure partie de sa Vie « dans les pays lointains » et devint commandeur de l’ordre militaire de St-Lazare ; il recommença le procès qu’avait perdu son prédécesseur, et de guerre lasse il vendit le château, en 1781, à l’abbé Laborde, doyen du Chapitre de Saint-Seurin.

C’était alors une vieille construction dont les murs étaient lézardés, dont les pignons menaçaient ruine. L’abbé la fit démolir et éleva à sa place, sur un plan que traça l’architecte, Victor LOUIS, l’une des plus belles villas de la banlieue bordelaise.
A peine était-elle terminée que la Révolution éclata ; l’abbé Laborde se sauva à l’étranger, et sa villa fut vendue, le 3 prairial de l’an III, comme propriété nationale, cent-quarante-deux-mille livres.

A partir de cette époque, l’importance de la terre seigneuriale cessa non seulement par la destruction des droits féodaux, mais par la vente faite à divers tenanciers des parcelles qu’ils avaient à ferme. Il n’en resta qu’une maison de campagne et son parc.

Au retour de l’émigration, l’acquéreur offrit à son propriétaire de la lui remettre à prix coûtant ; ce qui était une proposition généreuse, puisqu’il y avait, selon la légende, deux trésors cachés, l’un dans le château ; l’autre sous le tronc d’un vieil arbre que l’on appelait le chêne aux écus ; cependant ces avantages ne purent séduire l’ancien abbé, et le castel passa en mains tierces ; il devint tour-à-tour maison de plaisance, pensionnat protestant et résidence d’un riche anglais.

En juin 1843, le docteur Desmaisons ( voir Joseph-Guillaume DESMAISONS) l’acheta et y créa une maison de santé pour les malades atteints d’aliénation mentale ; il y adjoignit successivement diverses annexes qui forment aujourd’hui un ensemble de propriétés d’une étendue assez considérable : l’une contient la ferme, l’autre l’établissement spécial proprement dit.

Il présente à l’œil une façade élégante dans le goût de l’époque et de vastes et somptueux appartements ; à côté sont les divisions où les pensionnaires ont leurs cours, leurs jardins et leurs pavillons. Autour de ces bâtiments s’étendent des allées, des vergers, des parterres, des. charmilles et un 'vaste enclos qui borde la route du Médoc.

Cet établissement peut recevoir 40 à 50 malades payants, qui sont traités avec le soin et les égards que nécessite leur position malheureuse. Il n’existe guère de maisons de santé où l’espace des jardins et le nombre des locaux affectés au traitement soient aussi largement accordés : c’est l’entreprise – la plus hardie qu’ait encore tenté la médecine dans notre département.

(Archives de la Gironde.— Catalogue des Rôles gascons. – Titres de M. Desmaisons – L. de Lamothe, Rapport au préfet de la Gironde, 4849. – Ribadieu, Les Châteaux de la Gironde. Visité en 1865.)



 

Castel d'Antorte, institution de M. Vent, en 1826  -  Auteur : Légé.
Source : bibliotheque.bordeaux

Notez l'escalier extérieur qui n'existe plus.



Notice sur le Castel D'Andorte, Au Bouscat.

Le livre : « Les Châteaux de la Gironde, 1855, Henry Ribadieu », (Source : Gallica BNF) donne de très bonnes informations sur les origines du Castel d'Andorte.

 

L'attention publique se porte aujourd’hui sur cette résidence, bien plutôt à cause de sa destination nouvelle que par le fait de son origine seigneuriale. Cependant, en dehors de l'intérêt tout particulier que présente l'institution actuelle, le Castel d'Andorte peut à bon droit réclamer une place dans l'historique des maisons nobles du Bordelais.

Le caractère seigneurial est si bien empreint dans l'édifice et dans ses dépendances, que les compte-rendus administratifs eux-mêmes en renferment la preuve.

Dans un rapport officiel, adressé à M. le préfet de la Gironde, sur les asiles d'aliénés du département, on trouve la note suivante, que nous transcrivons textuellement (1) :
« L'ancienne maison seigneuriale du Bouscat, à une lieue de Bordeaux, avait été transmise depuis peu par le sieur Duval, seigneur de Castets en Dorthe (2), au doyen du chapitre collégial de Saint-Seurin, lorsque celui-ci résolut d'en faire une villa qui ne le cédât en rien aux plus élégantes demeures du temps. L'architecte Louis venait d'acquérir une gloire impérissable par la construction du Grand-Théâtre de Bordeaux et des plus beaux hôtels dont se parera toujours notre cité; il était, dès-lors, désigné aux yeux du somptueux abbé pour dresser les plans de sa nouvelle habitation , et son génie jeta sur le papier quelques lignes simples et majestueuses, dignes de figurer à côté de ses chefs-d'œuvre les plus brillants. »
Les contrats de l'époque désignent le vendeur sous les titres de messire Étienne Duval, chevalier, seigneur de Castets en Dorthe, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Lazare, habitant de cette ville, au coin de rue des Minimes, paroisse Sainte-Eulalie.

À peine le pavillon de Louis avait-il remplacé les anciennes masures qui occupaient autrefois le même emplacement, que le Castel d'Andorte de Belair fut vendu comme bien national le 3 prairial an III.

Au retour de l'émigration, on raconte que l'acquéreur proposa de le rendre à son ancien propriétaire au prix d'achat. Mais celui-ci, ruiné par la Révolution et privé des ressources nécessaires à l'entretien d'une habitation importante, ne put profiter de l'offre qui lui était faite.

La légende rapporte qu'un trésor est caché dans le château. S'il faut en croire les habitants de la contrée, il existerait en divers endroits des cachettes où seraient enfouies des richesses considérables. On cite, par exemple, le chêne aux écus, qui se trouve dans le voisinage(3).

Tour-à-tour devenu maison de plaisance, pensionnat protestant et résidence d'un négociant anglais, le domaine de Castel d'Andorte fut acheté, il y a dix ans, par M. le docteur Desmaisons ( voir Joseph-Guillaume DESMAISONS), dans le but d'y établir un asile pour les aliénés appartenant aux classes aisées de la société.

Cette création, qui manquait à la Gironde, a eu tout le succès qu'on en pouvait attendre. Les agrandissements qu’elle a nécessités depuis l'époque de sa fondation ont imprimé une physionomie particulière aux bâtiments placés autour du pavillon central et au parc qui les contient. Aujourd’hui, le visiteur qui admire la noble simplicité de l'architecture du Castel d'Andorte, ne peut détourner son esprit des réflexions que suggèrent, et les vicissitudes de cette résidence, et la destination qu’elle accomplit !



(1) Rapports au préfet de la Gironde , etc. L. de Lamothe. Paris , Guillaumin, 1848.
(2) De là le nom de Castel d'Andorte que porte la propriété du Bouscat. (Note de M. L. de Lamothe).
(3) Rue des Ecus ?



Courte description (vers 1840)

 

Notice sur la maison de santé du Castel d'Andorte : établissement privé consacré au traitement des maladies mentales

L'établissement du Castel d'Andorte a été disposé principalement pour le traitement des maladies mentales aiguës ; il est également destiné et sert de maison de retraite aux personnes des deux sexes atteintes des nombreuses affections du système nerveux auxquelles l'isolement est applicable, et que l'art, s'il n'a plus l'espoir de les guérir, a toujours le pouvoir de soulager.
Ouvert aux malades en 1845, l'établissement n'a pas discontinué, depuis cette époque, de s'agrandir.
L'expérience, en révélant les besoins de l'institution, a permis d'y réaliser des améliorations importantes.



Description détaillée

Réf Bnf : Annales agricoles et littéraires de la Dordogne : journal de la ferme modèle et des comices agricoles du département. rédacteur-éditeur Aug. Dupont. 1840-1848.

Quelques considérations sur la folie.
Visite au Castel d'Andorte, établissement destiné aux aliénés de la classe riche.

Placer un malade dans ces conditions, c'est-a-dire l'enfermer dans un établissement spécialement consacré au traitement de l’aliénation, c'est le mettre dans l’isolement. Une maison destinée à recevoir des aliénés, établie en province et remplissant toutes les conditions que l'on doit exiger, rendrait donc de vrais services. Les départemens de la Dordogne, de la Haute-Vienne, de la Charente-Inférieure, du Lot-et-Garonne, etc., n'en possèdent pas ; la ville de Bordeaux seule en a une depuis trois ans. L'on est vraiment étonné qu'une cité aussi considérable en ait manqué pendant si longtemps pour trouver un établissement de ce genre, il faut aller jusqu'à Toulouse.

Un ancien élève d'Esquirol, M. le docteur Desmaisons ( voir Joseph-Guillaume DESMAISONS), a eu l'heureuse idée de fonder à Bordeaux une maison destinée aux aliénés de la classe riche. L'autorisation lui a été accordée le 18 juillet 1845 ; depuis celle époque, le nombre des malades s'est toujours accru. Cet établissement, que j'ai visité dans tous ses détails, m'a paru renfermer tous les élémens d'un succès durable. Nous allons à ce sujet entrer dans quelques détails. Le castel d' Andorte, seigneurie autrefois des abbés de St-Seurin, de Bordeaux, est situé aux portes de celle ville, dans la commune de Bouscat. Ce château, dont la construction est belle et gracieuse, a été bâti, en 1788, sur les dessins du célèbre architecte Louis. Depuis, il a passé entre les mains de plusieurs propriétaires ; enfin, en 1845, M. le docteur Desmaisons l'acheta pour en faire désormais l'asile de la folie. Cette villa, une des plus belles de la contrée, se compose d'une habitation principale vraiment splendide ; là réside le médecin. Des appartemens fort beaux peuvent être donnés des malades très riches. Derrière le castel et sur les parties latérales se trouvent d'autres constructions dont nous allons examiner la distribution. On a établi deux sections indispensables et entièrement séparées l'une de l'autre celle des hommes et celle des femmes.

Section des hommes. Première division. Derrière le castel se trouve un vaste préau planté d'arbres et semé de fleurs ; il est destiné aux aliénés paisibles. Chaque malade a un appartement bien propre, parqueté, meublé simplement ou avec luxe selon le désir des familles. En hiver, il est chauffé par des bouches de chaleur. Celle précaution est indispensable, selon moi; au reste, plusieurs opinions de médecins célèbres en démontrent la nécessité. M. Ferrus a bien, il est vrai, en 1834, émis une opinion contraire. Ce médecin disait qu'il n'était nécessaire de chauffer que les pièces communes dans lesquelles les malades se réunissent pendant le jour. « Quant aux dortoirs ajoute-t-il celle précaution m'a toujours paru inutile et même insalubre; et pour les loges, je crois que, dans l'hiver, la seule précaution indispensable à prendre est de les clore avec soin du côté de l'air extérieur, et surtout d'en couvrir le sol par une couche de paille quand il n'est pas parqueté. » Depuis que ce médecin a écrit ces lignes, on a, dans l'établissement de Charenton, chauffé toutes les loges. Le médecin du castel d'Andorte a donc agi judicieusement en faisant de même.

Dans la journée, tous les malades peuvent se réunir dans des salles destinées à cet usage ; là ils peuvent se distraire par la lecture ou les jeux ; un billard est toujours à leur disposition. Ils sont sans cesse sous la surveillance de plusieurs domestiques.

Dans la deuxième division sont placés les aliénés agités ou furieux elle se compose d'une cour sablée ayant une galerie couverte qui, en été, abrite contre l'ardeur du soleil, et contre la pluie dans les mauvais temps. Les chambres dans lesquelles couchent les malades ne diffèrent des chambres ordinaires que par leur plus grande simplicité dans l'ameublement. On conçoit, en effet, qu'on ne peut laisser aucun objet fragile ou de quelque valeur entre les mains de malades toujours disposés à tout salir, à tout briser. J'ajouterai que tous les logemens des malades tranquilles aussi bien que ceux des agités sont au rez-de-chaussée; c'est une disposition importante, quoiqu’on admette cependant aujourd'hui qu'on peut élever les bâtimens an moins d'un premier étage ; mais alors, on le comprend, il sera nécessaire de mettre les malades furieux, ceux qui sont portés au suicide, toujours au rez-de-chaussée. Les couvalescens, les incurables tranquilles pourront être placés au premier étage. J'admets bien qu'en agissant ainsi on n'ait pas à craindre de grands dangers mais celle disposition exigera. Une plus grande surveillance; de sorte que je préfère celle qu'a adoptée M. Desmaisons ; elle m'offre plus de sécurité. Enfin, une salle de bain est affectée au service de chaque section.

Section des femmes. La section des femmes n'est pas encore aussi complète que celle des hommes ; il y manque un préau, que, du reste, on va former. Malgré celle lacune, l'établissement peut admettre un assez grand nombre de femmes aliénées, car il y a pour les recevoir des appartemens d'une propreté charmante. La disposition donnée à celle section est la même que celle des hommes.

Le curé de la commune du Bouscat est l'aumônier attaché à celle maison. Les malades tranquilles viennent remplir leurs devoirs religieux dans une chapelle qui fait partie de l'établissement et où les personnes étrangères De sont pas admises. Le voisinage de la ville permet d'appeler au besoin les ministres des différens cultes.

Toutes ces habitations sont entourées de jardins, de vignes et de charmilles où l'œil se repose agréablement. Les malades, lorsqu'ils ne sont pas agités, viennent, sous la surveillance de gardiens, se promener dans de délicieuses allées, ou bien, prenant la pioche sur les conseils du médecin, travaillent à leur guérison en bêchant la terre.

Les malades dont la tenue n'a rien d'insolite et ceux dont on n'a pas à redouter les accès sont envoyés dans les campagnes environnantes, les uns en voiture, lorsque les familles le désirent, les autres accompagnés de leur domestique. La commune du Bouscat renferme un vaste champ de manœuvres militaires, l'hippodrome départemental et divers établissemens séricicoles qui fournissent aux pensionnaires du castel d'Andorte un but de promenade et des sujets de distraction.

Le traitement moral est employé toutes les fois que les cas le comportent, et c’est à ce mode de traitement, dont M. le docteur Leuret a démontré la prééminence avec un talent si distingué, que le médecin du castel d'Andorte attribue à juste raison les guérisons les plus solides.

Ajoutons enfin pour ne rien oublier, qu'on trouve dans ce séjour un air des plus purs, des eaux abondantes et d'excellente qualité.

J.M. DUPUI fils (de Sorges), d.-m. P



Journal de médecine de Bordeaux - 1846

Voici le texte intégral, très détaillé, d'un rapport fait a la société royale de médecine, extrait du Journal de médecine de Bordeaux. par M. Aug. BONNET en 1846.

Messieurs,

Je viens au nom d'une Commission, composée de MM. Dupont, Burguet, Revotât père, Pujos et Bonnet, vous entretenir d'une maison de santé destinée à recevoir des aliénés du sexe masculin, et qui a été fondée tout récemment dans la commune du Bouscat, au Castel d'Andorte, par M. le docteur Desmaisons ( voir Joseph-Guillaume DESMAISONS). Votre Commission s'est transportée, ainsi que vous le désiriez, dans cet établissement : elle l'a examiné, dans tous ses détails, avec la plus scrupuleuse attention; et c'est après en avoir mûrement délibéré, qu'elle m'a chargé de vous dire que le domaine sur lequel il est situé lui paraît éminemment propre à en assurer le succès.

Ce domaine, en effet, consiste dans une habitation vaste, élégante, restaurée à neuf, et isolée en quelque sorte au milieu de charmilles, de vignes, de jardins, dont l'aspect repose agréablement la vue et l'esprit. Tout, à l'entour de cette belle et tranquille demeure, invite au calme, à la solitude, et tend à substituer des émotions douces aux agitations physiques et morales qui tourmentent les aliénés.

Le Castel d'Andorte ne compte plus sans doute parmi les villas splendides et luxueuses de nos environs; mais il n'a pas cessé pour cela d'être une campagne des plus jolies, des plus saines, et où l'on respire constamment un air pur et vivifiant.

Nous ne sommes donc nullement surpris que M. le docteur Desmaisons ait songé à l'acquérir et à le consacrer au traitement de la folie. Il le pouvait d'autant plus, que l'habitation qui en dépend est pour le moins aussi bien appropriée à cette destination que la verte oasis dont elle est entourée.

Pour vous le prouver, Messieurs, il suffira de vous apprendre qu'elle se compose d'une maison principale de quatre grands corps de logis, d'une petite maison qui vient d'être achevée, d'un grand jardin et d'un préau intérieurs pour les malades ; le tout hermétiquement fermé par un mur, un peu bas, il est vrai, mais qu'on pourrait surhausser aisément, s'il venait à être démontré qu'il ne met pas un obstacle efficace à l'évasion des aliénés.

Cette habitation, vous le voyez, réunit à la fois les avantages de l'espace, de l'agrément, et d'une parfaite sécurité, soit pour les personnes qu'on y traite, soit pour celles qui vont les visiter.

Le premier étage de la maison principale sert de logement au directeur et à sa famille; le second est occupé pour les services de l'établissement. Quant aux aliénés, ils habitent, chacun, une chambre qui s'ouvre dans le jardin et le préau intérieurs. Il résulte de cette disposition que les malades communiquent librement entre eux pendant le jour; mais cela n'a lieu que pour ceux dont on n'a pas à craindre les emportements et les actes de fureur. Ces derniers sont séquestrés et mis dans l'impossibilité de nuire, sans qu'ils soient néanmoins privés de l'avantage de la promenade en plein air. M. Desmaisons a pris des arrangements tels, qu'il peut isoler complètement les aliénés dangereux, et ceux que leurs familles, par des considérations de rang ou de fortune, ne voudraient pas voir confondus avec les autres.

Ce médecin n'est autorisé que pour huit aliénés. Ce nombre lui semble trop petit pour la prospérité de l'entreprise comme pour la grandeur du local; et c'est ce qui l'a déterminé à demander au ministre de l'intérieur la permission d'en recevoir quatorze.

Il n'avait cru devoir également, dans le principe, se faire autoriser que pour des fous du sexe masculin ; mais il a été obligé, depuis quelque temps, de refuser plusieurs dames qui lui ont été présentées, et cela a modifié ses opinions sur ce point : il ne serait pas éloigné, maintenant, de chercher à obtenir l'autorisation d'admettre chez lui les femmes privées de leur intelligence.

Pour ce qui est de la méthode ou plutôt des méthodes curatives qu'il emploie, nous avons trop peu fréquenté son établissement, et il y a eu jusqu'ici trop peu de malades, pour que nous puissions apprécier convenablement la valeur de ses idées thérapeutiques sur la folie; mais, outre qu'il s'est fait une spécialité de l'étude de cette dernière et qu'il a été élève d'Esquirol, nous n'avons aucune raison de présumer qu'il soit au-dessous de la tâche qu'il s'est imposée.

Nous n'avons considéré jusqu'à présent la maison de santé de Castel d'Andorte que sous le point de vue matériel ou, si l'on aime mieux, des conditions physiques de son existence ; mais on peut l'envisager encore sous celui de l'utilité générale, car il est certain qu'une création de ce genre nous manquait, et que nous ne pouvons que nous féliciter de n'en être plus réduits à envoyer tous les aliénés indistinctement dans ces asiles qui, à cause de leur caractère public et de l'encombrement auquel ils sont exposés, n'offrent ni les mêmes garanties de salubrité, ni les mêmes chances de guérison.

Nous vous ferons observer aussi qu'il y avait une opportunité réelle à la fonder : d'abord parce que l'hospice des Aliénés de Bordeaux ne reçoit plus que des femmes, et que la plupart des familles aisées répugnent à mettre leurs malades à Cadillac; ensuite, parce que les affections mentales n'ont à aucune époque inspiré plus de sollicitude qu'aujourd'hui. Leur nombre n'a pas augmenté peut-être; mais on les étudie mieux, on les connaît mieux, on s'inquiète plus surtout des infortunés qui en sont atteints; et c'est ce qui fait que, indépendamment des hospices que le gouvernement leur a consacrés sur divers points du royaume, nous voyons chaque jour se multiplier les établissements que les simples particuliers érigent dans le même but. On sent de plus en plus l'importance de ces sortes d'établissements; et si nos principales villes n'en sont pas toutes pourvues encore, il en est plusieurs du moins qui, sous ce rapport, ne tarderont pas à rivaliser avec la capitale. Nantes, Toulouse, Montpellier, Marseille, Lyon, etc., en possèdent déjà qui jouissent d'une réputation méritée. Le temps d'en avoir un est venu pour Bordeaux; et si quelque chose a lieu de nous étonner, c'est qu'une cité riche, populeuse, et qui par conséquent offre comme elle les éléments d'une grande concentration de malades, n'en ait pas eu plus tôt.

Une dernière réflexion, enfin, que nous prendrons la liberté de vous soumettre, c'est que la maison de santé de Castel d'Andorte a le mérite, à nos yeux, de tendre à nous affranchir du joug que la capitale fait peser sur la province, même en ce qui concerne la médecine, et que cette circonstance seule devrait nous engager à la bien accueillir. Nous sommes loin d'ignorer, certes, tout ce qu'un gouvernement puise de force dans la centralisation des pouvoirs ; mais si celle-ci est utile au pays et lui permet d'opérer de grandes choses, nous pensons que la décentralisation scientifique, littéraire, artistique et industrielle, aurait une influence heureuse pour la prospérité des départements. On devrait donc, selon nous, ne fût-ce que par patriotisme, prêter aide et protection aux hommes intelligents et hardis qui ne craignent pas d'aventurer leur fortune et leur avenir dans des entreprises susceptibles de nous conduire plus ou moins promptement à ce résultat.

En résumé, Messieurs, votre Commission pense qu'il y a lieu d'écrire à M. le docteur Desmaisons, que la Société voit avec plaisir qu'il ait doté notre ville d'un établissement privé pour les aliénés, et qu'elle fait des vœux sincères pour qu'il ait un plein et rapide succès.



Annuaire du tout Sud-Ouest...1909

Voici un autre texte illustré très intéressant.

Réf : Annuaire du tout Sud-Ouest illustré 1909-1910

(Maison de santé du Bouscat)
M. le Docteur Lalanne (voir Gaston LALANNE), propriétaire.

La maison de santé de Castel-d'Andorte, fondée en 1845, a été pendant longtemps exclusivement consacrée au traitement des maladies mentales. Depuis. Un certain nombre d'années elle reçoit tous les malades atteints des affections. du système nerveux auxquelles l'isolement méthodique est applicable (états neurasthéniques, intoxications diverses, etc.)

Grâce à sa situation privilégiée sur l'un des points les plus agréables et les plus sains de la banlieue de Bordeaux, grâce surtout aux améliorations dont il n'a cessé d'être l'objet, l'établissement de Castel-d'Andorte s'est acquis depuis longtemps une légitime réputation dans les départements du Sud-Ouest, et à plusieurs reprises il a été l'objet de distinctions, notamment de la part du Conseil général de la Gironde et du Ministre de l'Intérieur.

Les constructions primitives sont l'œuvre du célèbre architecte Louis qui au XVIIIe siècle, en a tracé les plans. C'est autour de ce castel primitif que se sont élevés successivement les pavillons consacrés aux malades, pavillons isolés, mais groupes de manière à établir et une séparation absolue et, selon les besoins, une communication rapide facilitée par des appareils téléphoniques qui les mettent jour et nuit en rapport avec les médecins de l'établissement; enfin, il existe une série d'autres pavillons, constructions gracieuses et d'aspect riant, destinés aux pensionnaires simplement fatigués du système nerveux et venus volontairement pour se reposer.

Un parc d'une superficie d'environ sept hectares, planté d'arbres séculaires, .ombragé de charmilles, est largement ouvert aux pensionnaires et aux familles et il n'est guère de malade qui, dans ces conditions, n'accepte un isolement salutaire.

Mais la Maison n'est pas seulement merveilleusement organisée au point de-vue de son installation matérielle, elle possède aussi au point de vue de l'art médical toutes les ressources qui viennent de la science moderne, et nous pensons que c'est le premier établissement qui ait appliqué l'électricité au traitement des maladies mentales. Toutes les formes de courants que nous y avons vu appliquer sont produits dans la maison même par une usine électrique qui en même temps fournit la lumière à tout l'établissement.

Les analyses cliniques se font dans des laboratoires richement outillés et pourvus des appareils de recherche les plus perfectionnés, de telle sorte que la maison de santé de Castel-d'Andorte peut rivaliser à ce point de vue avec les établissements officiels et les facultés les mieux dotés. Aussi, avec une telle installation, les résultats obtenus sont des plus consolants et dépassent toute attente.

Le service médical est assuré par deux médecins.

Le service religieux est régulièrement assuré par un aumônier catholique; les pasteurs des divers ordres sont appelés auprès de leurs coreligionnaires.

Maigre le confortable de l'installation et bien que les soins les plus dispendieux ne soient pas ménagés aux malades s'ils sont jugés nécessaires, la maison de santé de Castel-d'Andorte reçoit des pensionnaires à des prix modérés.

La maison est largement ouverte aux médecins des familles, et les malades peuvent y être placés sous la direction médicale des spécialistes de la ville et de la Faculté.




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