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Avis de tempête

 
Source : http://gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, réutilisation non commerciale libre et gratuite.

Un cyclone en 1877

 

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Le journal " Le Gaulois " du 24 août 1877 relate une tempête dans la région sous le titre "Le cyclone de l'ouest".
 

II faut remonter une quarantaine d'années dans le souvenir des Bordelais pour trouver la trace d’une perturbation atmosphérique aussi profonde que celle d'hier soir.

La journée avait été torride ; le thermomètre marquait à l'ombre 33 degrés a midi, et il a atteint jusqu'à 36 degrés. On avait d'autant plus souffert, que depuis cinq jours une chaleur d’orage, énervante et lourde, pesait sur nous. Brusquement, vers sept heures et demie, le ciel s'est couvert. Des vapeurs épaisses montaient de l'ouest. Presque en même temps l'horizon a été sillonné de larges éclairs, précurseurs de l’orage.

En quelques minutes, les éclairs se sont précipités jusqu’à devenir continus les nuages se sont amoncelée la lune s'est obscurcie, de larges gouttes de pluie sont tombées au même instant, avec une rapidité foudroyante, l'air était bouleversé ce n'était plus le vent qui soufflait, c'était l'ouragan la pluie avait pris les allures diluviennes de la trombe, l'horizon était embrasé, la tempête renversait tout devant elle.

Dans la rue, les ruisseaux. s'étaient transformés en torrents  ; des cheminées, cédant sous l'effort du vent, étaient enlevées des toitures et retombaient lourdement sur le pavé, éparpillant leurs éclats pêle-mêle avec des débris de tuiles, d'ardoises, de vitres, de poutres, de mortier.

Rue Tombeloty, une maison a été presque complètement démolie.

Rue Saint-Rémy, une tuile, emportée du haut d'une toiture, a pénétré dans un omnibus par un vasistas, a brisé la vitre et causé à un voyageur des blessures à la main.

Aux allées Damour, de gros arbres ont été cassés en deux, à hauteur d'homme, ainsi que de frêles allumettes.

Aux Chartons, rue Tourat, 10, un fait extraordinaire a été constaté. Il y a là une cour intérieure abritée par une vaste lanterne. Le vent a pris la lanterne en dessous et l'a emportée tout d'une pièce jusqu'au n° 26 de la rue Notre-Dame. Là, elle s'est brisée, et dans sa chute elle a enfoncé, dans le mur, des barreaux de fer à une profondeur de 15 à 20 centimètres.

L'ouragan tourbillonnait avec la dernière violence et semblait se renforcer encore a mesure qu'il accomplissait de nouveaux ravages.

Et, tandis que la tempête sévissait avec tant d'impétuosité, le ciel demeurait embrasé comme si l'incendie était aux quatre coins de l'horizon Les éclairs illuminaient la ville, sans pourtant que les coups de tonnerre fussent bien éclatants. De loin en loin, un grondement sourd se faisait entendre, et c'était tout mais en bas, le vacarme ne faisait point de trêve. Les volets, les tuiles, les ardoises et les cheminées pleurent en éclats on entendait le vent mugir, les grands arbres craquer, les gréements des navires a l'ancré grincer.

La dévastation était partout. Qui pourra compter les pertes subies et dénombrer les personnes atteintes ?

Le Journal de Bordeaux  :
Un orage épouvantable, accompagné de rafales de pluie, s'est abattu hier soir, vers neuf heures sur Bordeaux.

Pendant plus d'une heure, les éclairs n'ont cessé de sillonner le ciel et les détonations se sont succédé sourdes et précipitées puis, tout à coup, le vent d'ouest a soufré avec la dernière impétuosité, soulevant un nuage de poussière, brisant les branches d'arbres, les vitres et renversant les devantures. Le tableau était navrant.

La violence de l'ouragan a été telle que d'importants dégâts ont été faits, notamment à la tour Pey-Berland et a la Chartreuse. On nous signale aussi un grand nombre de maisons dont les cheminées ont été renversées.

La voûte de la Galerie Bordelaise a été crevée en plusieurs endroits, sur le cours d'Albret et aux allées Damaur, des arbres mesurant vingt-cinq centimètres ont été brisés ou arrachés. Rue desTrois-Conils et rue Saint Rémy, la toiture de deux maisons a été défoncée. Enfin, la foudre est tombée en plusieurs endroits, et notamment sur une maison de la rue de La Boétie.

Le conducteur de l'omnibus qui fait le service entre Bordeaux et Caudéran a failli, nous assure-t-on, être victime. Au moment où il descendait de son siège pour remettre sa feuille au contrôleur, un énorme peuplier s'est abattu sur son siège et a brisé la toiture du kiosque.

Mais le plus curieux effet de l'orage se voit en ce moment au jardin de la Mairie. Là, le vent est devenu vraiment séditieux. La cage de planches qui dérobait la statue de Louis XVI à la vue du publique a été littéralement enlevée. Ce matin, une affluence considérable de curieux admirait, en dépit du conseil municipal, les traits augustes du monarque.

A Mérignac, Bruges. Caudéran, Eysines, Le Bouscat, grande quantité d'arbres ont été déracinés. Les chemins sont jonchés de leurs débris. Les fruits sont perdus en grande partie.

A Caudéran les cheminées de la mairie ont été enlevées ; une partie de la toiture a été démolie.

Des animaux, épouvantés par l'ouragan, qui avaient brisé la porte des écuries, erraient par les chemins. On a trouvé ce matin à la mairie de Caudéran une vache qui, affolée, était venue sans doute se placer sous la protection de la municipalité républicaine de cette localité.


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